En France, environ 60 % du patrimoine des ménages provient désormais de l'héritage, contre 35 % au début des années 1970, selon France Stratégie. Et le mouvement s'accélère : la Fondation Jean Jaurès estime que près de 9 000 milliards d'euros se transmettront dans le pays au cours des vingt prochaines années. À l'échelle mondiale, le cabinet Cerulli projette 124 000 milliards de dollars transmis d'ici 2048, dont 105 000 milliards vers les héritiers.
Derrière ces montants, une donnée comportementale passe presque inaperçue : les héritiers ne se sentent pas prêts. Selon l'étude américaine PEAK 35 d'Equitable, publiée en février 2026, 78 % des millennials se disent confiants dans leurs décisions financières courantes; ils ne sont plus que 27 % dès que la situation se complexifie, immobilier, comptes retraite et entreprise familiale compris. La génération qui va recevoir le plus n'a, pour l'essentiel, jamais eu à gérer ce qu'elle s'apprête à recevoir.
Ce guide couvre la première année. Pas les stratégies patrimoniales de long terme : l'ordre des opérations. Ce qu'il faut faire, dans quel ordre, et surtout ce qui peut attendre.
Un héritage n'est pas un portefeuille, c'est un puzzle
Personne n'hérite d'un portefeuille propre et consolidé. On hérite de morceaux. Une assurance vie, qui suit un circuit à part et se dénoue hors succession au profit des bénéficiaires désignés. Un PEA, qui est clôturé au décès de son titulaire, ses titres rejoignant un compte-titres ordinaire. Un ou plusieurs comptes-titres, parfois en indivision entre héritiers. Des livrets, de l'immobilier, et de plus en plus souvent des actifs numériques dont il faut d'abord retrouver l'accès.
Chaque enveloppe a ses règles, son calendrier et ses interlocuteurs. C'est ce qui rend la première année si déroutante : la vraie difficulté n'est pas de prendre de bonnes décisions d'investissement, c'est de reconstituer une image complète de ce qui existe.
Mois 1 à 3 : inventorier, sans rien décider
La première urgence est administrative, pas financière. En France, la déclaration de succession doit en principe être déposée dans les six mois du décès. Le notaire interroge les fichiers officiels pour recenser comptes bancaires et contrats d'assurance vie ; votre travail consiste à compléter cette recherche avec ce que ces fichiers voient mal : courtiers étrangers, plateformes crypto, épargne salariale d'anciens employeurs.
Trois réflexes suffisent à ce stade. Rassembler les derniers relevés de chaque compte et noter la valeur des positions au jour du décès, qui sert de référence pour la déclaration. Ne procéder à aucun arbitrage que la succession n'exige pas : rien dans ce délai n'oblige à vendre, réallouer ou « moderniser » le portefeuille du défunt. Et tenir la liste de ce que vous ne comprenez pas, fonds anciens, titres non cotés, produits structurés : cette liste sera votre programme de travail des mois suivants.
Mois 3 à 6 : comprendre ce que vous détenez vraiment
Une fois l'inventaire posé, la question change : que possédez-vous, une fois tout additionné ? C'est l'étape que presque tout le monde saute, alors qu'elle conditionne toutes les décisions à venir.
Trois angles morts reviennent systématiquement. La concentration, d'abord. Le portefeuille hérité reflète les convictions d'une autre personne, souvent d'une autre époque : quelques valeurs françaises soigneusement accumulées, un secteur surpondéré, une devise dominante. Additionné à votre propre portefeuille, il peut créer des expositions que personne n'a choisies.
Les doublons, ensuite. Deux fonds aux noms différents peuvent détenir les mêmes sous-jacents; un ETF Monde hérité et le vôtre font double emploi. Tant que les lignes vivent dans des interfaces séparées, ces recouvrements restent invisibles.
Les frais, enfin. Les portefeuilles constitués il y a vingt ou trente ans logent souvent des fonds dont les frais courants dépassent nettement les standards actuels. Les repérer ne veut pas dire vendre; cela veut dire savoir ce que coûte, chaque année, le simple fait de ne rien changer.
Mois 6 à 12 : décider en connaissance de cause
Les études convergent : les héritiers n'investissent pas comme leurs parents. Les enquêtes relayées par CNBC en juin décrivent une génération qui privilégie les marchés privés, les crypto-actifs et l'investissement durable; et selon Cerulli, une minorité seulement conserve le conseiller de ses parents. Ce n'est ni un bien ni un mal. Mais cela crée un risque précis : transformer un portefeuille par réflexe générationnel plutôt que par analyse.
La bonne question de fin de première année n'est pas « faut-il tout vendre » mais « qu'est-ce que ce patrimoine change à ma situation d'ensemble ». Une allocation pensée pour une personne de 75 ans n'a probablement pas le même sens pour vous ; l'inverse est tout aussi vrai. La seule façon de trancher sereinement est de regarder les deux patrimoines comme un seul, chiffres en main, puis de décider ligne par ligne ce qui mérite de rester.
La première année se gagne sur la visibilité
Si ce guide devait tenir en une phrase : la première année d'un héritage se joue sur l'inventaire, pas sur les arbitrages. Presque toutes les erreurs coûteuses, vente précipitée, concentration ignorée, ligne oubliée pendant des années, viennent d'une vue incomplète.
C'est précisément le scénario pour lequel Tukhe est construit. L'application permet de rassembler dans une même vue le portefeuille hérité et le vôtre, ligne par ligne, toutes enveloppes confondues, et de voir enfin l'exposition, les recouvrements et les frais de l'ensemble. Le tout sur votre machine : les données d'une succession comptent parmi les plus intimes qui soient, et elles n'ont aucune raison de transiter par le serveur d'un tiers.
La grande transmission ne fait que commencer, et elle ne produira pas seulement des chiffres records : elle va confier des patrimoines complexes à des personnes qui ne les ont pas construits. Prendre douze mois pour voir avant de décider n'est pas de la lenteur ; c'est la seule approche qui ne demande aucun talent de prédiction.
Tukhe est une application de suivi de portefeuille local-first, conçue pour les investisseurs européens qui veulent garder le contrôle de leurs données. Cet article a une visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement.


